Dans notre façon actuelle de penser, le « cœur » n'évoque guère que la vie affective. L’hébreu conçoit le cœur comme le « dedans » de l'homme en un sens beaucoup plus large, pascalien pourrait-on dire. Dans l'anthropologie concrète et globale de la Bible, le cœur de l'homme est la source même de sa personnalité consciente, intelligente et libre, le lieu de ses choix décisifs et de l'action mystérieuse de Dieu. Ainsi, dans l'Ancien Testament comme dans le Nouveau Testament, le cœur est le lieu où l'homme rencontre Dieu, rencontre qui devient pleinement effective dans le cœur humain du Fils de Dieu. Celui-ci est le modèle d’un cœur qui se laisse aimer et porter par l’amour du Père et qui en retour lui offre tout ce qu’il est. Et un cœur qui, avec le Père, se penche vers la misère des hommes : petites créatures qui sont dans la main de Dieu et, qui plus est, créatures pécheresses mais relevées et élevées par Lui jusqu’à Lui !
La plainte du Christ à Marguerite-Marie ne vise pas les ennemis de l’Église mais bien les consacrés et les chrétiens, en tant qu’ils ne vivent pas leur consécration à ce Cœur si aimant. Ainsi, en tant que consacré(e) et en tant que fidèle, la fête du Sacré-Cœur me rappelle que le Seigneur souffre de moi chaque fois que je n’ai pas un cœur semblable au sien, qui se laisse porter par son amour et qui l’aime en retour en aimant aussi tous ces petits qui sont ses frères.
Aussi, la réparation que nous devons faire des manques d’amour au Cœur de Jésus, c’est avant tout celle de nos propres manquements à ce Cœur si doux et humble qui nous porte à aimer, comme Lui, le Père et nos frères. « Jésus, doux et humble de cœur, rends mon cœur semblable au tien ! » Le Cœur du Christ est non seulement notre modèle, mais le lieu où le consacré et le fidèle se réfugie en lui disant, comme dans la prière « Âme du Christ » : « Dans tes blessures, cache-moi ». Ce n’est pas du dolorisme, mais c’est considérer que les blessures du Cœur de Jésus sont pour nous des fontaines de grâce ! Telle la blessure du côté de Jésus ouvert par le soldat romain, où saint Jean voit l’eau et le sang jaillir comme la source des sacrements de l’Église : du baptême et de l’eucharistie notamment ! Alors, avec saint Jean, sainte Marguerite-Marie et saint Jean Eudes, contemplons dans le Cœur de Jésus la source intarissable de son amour pour le Père et pour nous.
Par suite, le Cœur de Jésus est pour nous la source de tout apostolat qui nous permet d’annoncer l’amour divin à chaque homme et femme et « au cœur des masses » tel Charles de Foucauld cousant ce Cœur rouge sur sa tunique pour proclamer l’Amour de Jésus au cœur de l’islam. Ainsi le Cœur Sacré de Jésus, uni inséparablement au Cœur Immaculé de Marie, est-il la porte d’entrée pour accéder au Mystère de Dieu qui est Amour ; Mystère des Trois Personnes de la Trinité qui s’aiment tellement qu’elles ne font qu’Un... Et l’Eucharistie est la présence sacramentelle du Cœur de Jésus qui nous donne de vivre en présence de la Trinité Sainte !